L'album du globe-trottefer Seine « tramatique »

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Seine tramatique Tramway St-Denis–Bobigny, Métro ligne 1 à La Défense,
Tramway Val de Seine, « Métro » de Rouen

Les quatre lignes et réseaux présentés ici ont en commun d'être « arrosés » par la Seine : deux tramways, St-Denis–Bobigny et Val de Seine, un métro, entre Neuilly et La Défense, et le réseau « métro-tram » de Rouen. Où l'on va voir que, si les matériels utilisés sont identiques dans trois cas sur quatre, les environnements « en ligne » sont fort différents...

Tramway Saint-Denis–Bobigny

Il s'agit de la première ligne de tram « moderne » d'Île-de-France : 9 km mis en service par la RATP en 1992 à travers les anciennes banlieues ouvrières de Seine-St-Denis : Cosmonautes, Youri Gagarine, Jean Moulin, Pablo Picasso, Paul Éluard; un véritable cours d'histoire de la « ceinture rouge » ! La ligne, entièrement en site propre comme il se doit, est insérée dans le tissu urbain, en l'occurrence la N 186. Elle utilise le matériel GEC Alsthom type « Grenoble » apparu en 1987 entre Chartreuse et Vercors : à plancher surbaissé sur environ 3/4 de la longueur, ce matériel est aujourd'hui le plus répandu en France, puisqu'il circule, outre à Grenoble et St-Denis, sur le TVS et à Rouen, comme nous allons le voir bientôt...

St-Denis 1 Au départ de la station « Gare de St-Denis », terminus occidental de la ligne. La station est située à quelques encâblures de la gare proprement dite et de la Seine, sur un pont enjambant le Canal St-Denis. Malheureusement, un parking et une rue très fréquentée à traverser en courant entre le RER et le tram, c'est bien long et pas vraiment commode !
Si la ligne était prolongée, dans le cadre du projet de rocade Orbitale de la RATP, vers La Défense, elle passerait sous les voies SNCF du tronçon commun Nord (au-delà de l'actuel cul-de-sac) puis la Seine, vers l'Île St-Denis et Gennevilliers.

St-Denis 2 Peu après le départ, le tram emprunte une rue mi-piétonne, mi-... tram : où l'on voit que si le site est « propre », il est aussi et surtout partagé !

St-Denis 3 Dans la belle courbe du Théâtre Gérard Philipe, dont la vitesse est strictement limitée à 20 km/h, comme l'atteste le panneau situé entre les deux voies !

St-Denis 4 Croisement à la station « St-Denis-Basilique », qui donne correspondance à la station de métro du même nom (ligne 13, prolongée bientôt à St-Denis-Université). Le quartier traversé est moderne, contrairement aux vues précédentes : bien souvent, l'arrivée du tram a été associée, comme c'est le cas ici, à des opérations de réhabilitation, voire de reconstruction urbaines. C'est peut-être banal de le dire, mais les faits sont là : le tram, partie intégrante du paysage urbain, a une grande influence sur celui-ci.
Mai 1998.

Métro sur pneus MP 89, ligne 1, Neuilly–La Défense

La ligne 1 du métro urbain de Paris, comme son numéro l'indique, est la plus ancienne du réseau, mise en service en 1900 entre Vincennes et Maillot. Mais il a fallu attendre 1992 (année décidément riche, avec le tram St-Denis–Bobigny, mais aussi le prolongement RER A entre Torcy et Chessy / « Disneyland ») pour que la vénérable atteigne les tours post-modernes de La Défense, à partir de l'ancien terminus du Pont de Neuilly. C'est ce prolongement à travers la Seine que l'Ami Durail a visité ici, avec en prime le nouveau matériel sur pneus, dit « MP 89 », version avec conducteur du matériel entièrement automatique de Météor qui, lui, verra le jour (si l'on peut dire à propos d'un métro !) à l'automne 1998.

MP 89 1 Croisement de l'ancien et du nouveau sur le pont de Neuilly, seule section à l'air libre de la ligne 1 : à droite, une MP 59 rénovée file vers La Défense (avec la Grande Arche en toile de fond), à gauche, c'est une MP 89 qui s'apprête à s'engouffrer vers Neuilly et Paris. Ce matériel se distingue par son « intercirculation » intégrale : on peut passer librement d'une voiture à l'autre.

MP 89 2 De l'autre côté du pont, à La Défense, en direction de Neuilly (avec l'Arc de Triomphe tout au fond) : un plan plus rapproché de la belle MP 89, qui, après sa mise en service très progressive depuis début 1998, est appelée à remplacer intégralement les MP 59.
Mai 1998.

Tram Val-de-Seine La Défense–Issy

Après la « ligne rouge » St-Denis–Bobigny, voici la « ligne verte » du Tram Val de Seine ! En effet, le deuxième tramway d'Île-de-France, mis en service en juillet 1997, traverse des paysages de banlieue pavillonnaire où la végétation est très présente !
Le T2 (tramway ligne 2, la 1 étant celle de Bobigny), qui circule sur 11 km entre La Défense et Issy-les-Moulineaux, utilise le même matériel qu'en Seine-St-Denis (à part la livrée, « vert émeraude RATP »), mais sa nature est totalement différente de celle de son aîné : autant le T1 est un vrai tramway urbain, inséré dans la chaussée, autant le T2 est un « tramway express », et pour cause : il emploie une ancienne ligne ferroviaire, Puteaux–Issy-Plaine, mise en service par la Compagnie de l'Ouest en 1889 (et dernier vestige, jusqu'en 1993, du fameux « troisième rail » de la banlieue St-Lazare) : ainsi les caractéristiques ferroviaires du TVS sont-elles bien visibles : plate-forme indépendante par rapport au tissu urbain, en talus ou en tranchée; rails posés sur du ballast; de nombreux ponts-rails et ponts-routes; des carrefours avec les rues qui sont en fait d'anciens passages à niveau (et non équipés de barrières, ce qui peut paraître surprenant, car ce tram, bien qu'à tarification « routière » (bus) comme le T1, est aisément assimilable à un train); des souterrains; des stations ornées d'anciens bâtiments-gares, etc. Et pourtant, l'actuel tram roule bien à droite, alors que ses prédécesseurs ferroviaires roulaient à gauche !
La parenté ferroviaire du TVS se retrouve dans sa forme originale d'exploitation : c'est la RATP qui assure le service commercial, mais la plate-forme (ancienne ligne, donc, d'Issy à Puteaux, et jumelage avec Versailles–St-Lazare de Puteaux à La Défense) reste propriété de la SNCF, qui la loue ainsi à la Régie !

TVS 1 Un bel aperçu de la « ligne verte » : une rame du TVS (dont la livrée s'accorde bien avec l'environnement !) débouche du tunnel de Suresnes. À cet endroit comme à bien d'autres, la ligne est en tranchée et l'on pourrait presque ignorer que l'on est en ville !

TVS 2 La célèbre gare des Côteaux (à St-Cloud) forme un « pont » au-dessus des voies. Ce bâtiment n'est plus en service : le TVS dessert bien des stations de tramway, avec des quais courts et très bas, et un simple distributeur automatique de billets sous abri. Par ailleurs, les voyageurs ont la possibilité de traverser les voies (via des passages aménagés), chose interdite sur une « vraie » ligne ferroviaire en Île-de-France !

TVS 3 Vue « panoramique » prise depuis l'ancienne gare des Côteaux.

TVS 4 La végétation était parfois tellement luxuriante que l'objectif de l'Ami Durail...

TVS 5 ... a eu du mal à transpercer l'enfer vert pour capter ses chères rames ! Vues prises depuis les « côteaux » (d'où le nom de l'ancienne gare), colonisés par des « jardins familiaux » potagers et qui offrent un beau panorama sur l'ouest de Paris. Le site vous a un petit air de XIXe siècle, lorsque St-Cloud était une destination de campagne !

TVS 6 Un petit peu plus au sud, au Pont de Sèvres (station Musée-de-Sèvres, en référence au Musée de la Céramique tout proche), où la ligne effleure la Seine. Ici, le paysage est plus urbain et industriel, avec notamment la proximité des anciennes usines Renault. D'ailleurs, des installations ferroviaires fret désaffectées sont présentes non loin de là, comme l'ex-gare « Renault » des Moulineaux-Billancourt. Il est évident qu'aujourd'hui, du fait du changement de mode, la ligne a perdu toute vocation fret.

TVS 7 À la station Brimborion (anciennement Bellevue-Funiculaire, commune de Meudon) : c'est de là que partait au début du siècle le funiculaire vers la terrasse de l'Observatoire de Meudon.
Mai 1998.

Flash-back...

TVS 8 Précisément, traversons le siècle dans l'autre sens pour nous rendre dans la gare de Bellevue-Funiculaire, à l'époque où les trains étaient à vapeur et où le funiculaire de l'Observatoire justifiait le nom de la gare. (coll. J. Bazot, Connaissance du Rail n°183, sept. 1996, p. 12).

TVS 9 Pendant longtemps, la ligne était électrifiée au moyen du 3e rail typique de la banlieue St-Lazare. À Suresnes, une rame « Standard » descend vers Issy-Plaine (aujourd'hui Issy-Val de Seine). Ce type de matériel régna en maître sur l'Ouest avant les électrifications par caténaire des années 60 (Argenteuil) et 70 (St-Germain reprise par la RATP, Versailles, St-Nom, Invalides); seule la desserte Puteaux–Issy-Plaine, ancêtre du TVS, résistera – et bien au-delà de 1985, année où les vénérables Standard passeront la main... (P. Hénoch, 1982, ibid.)

TVS 10 De 1985 à 1993, année du début des travaux préparatoires à l'arrivée du tram, le troisième rail est toujours là, mais ce sont des Z 5100 « inox » adaptées (on devrait dire « retapées » !) pour le rail de contact qui assureront tant bien que mal un service d'un autre âge. Finalement, alors que les deux lignes en correspondance avec le TVS, St-Lazare–Versailles / St-Nom et Invalides–Versailles (RER C), ont été modernisées en 1977 et 1979, la « ligne du bord de Seine » aura encore attendu une vingtaine d'années avant de connaître une desserte moderne digne de ce nom. (S. Louveau, 1991, ibid.)

« Métro » de Rouen

Ce « métro » est en fait un authentique tram, dont le matériel est identique à celui de Grenoble et de l'Île-de-France. Mais la traversée du centre-ville rouennais, côté rive droite, s'effectue en souterrain : un métro léger, donc. Tiens, tiens ! Cela rappelle le « pré-métro », ou « tram-tunnel » de Bruxelles. Côté rive gauche, sitôt passé le Pont Jeanne d'Arc, le tram est un vrai tram (sauf quelques carrefours traversés en souterrain). Au-delà de St-Sever, la ligne se scinde en deux branches, l'une vers St-Étienne-du-Rouvray, l'autre vers Grand-Quevilly. Cette partie tram est, comme en Seine-St-Denis, intimement liée au tissu urbain.
L'Ami Durail a pu constater que l'appellation officielle de « métro » avait été adoptée par les usagers locaux; d'ailleurs, le réseau ne s'appelle-t-il pas « Métrobus », en référence au bus classique et... au tram ?

Rouen 1 Le « métro », après avoir traversé la Seine, s'engouffre dans une section souterraine, qui justifie l'appellation officielle apparaissant sur le panneau à gauche. Mais, nous sommes bien d'accord et cela se voit tout de suite avec le matériel « Grenoble » déjà montré dans le présent album, il s'agit bien d'un tramway !

Rouen 2 Traversée de la Seine, pont Jeanne d'Arc. En arrière-plan, la célèbre cathédrale peinte plusieurs fois (à différents moments de la journée) par Monet.

Rouen 3 La traversée du pont Jeanne d'Arc s'effectue sur une jolie plate-forme constituée de planches de bois, telle une passerelle de navire.

Rouen 4 Autre type de plate-forme « paysagère », visible ici à l'arrière-plan, la voie « engazonnée »...

Rouen 5 ... mieux visible ici, avec de surcroît un beau rideau d'arbres. Encore un exemple tangible d'aménagement urbain associé à l'arrivée du tram.

Rouen 6 Tout comme Monet qui aimait à associer éléments industriels (comme le train à vapeur) et environnement naturel, l'Ami Durail ne résiste pas au plaisir de montrer le tram passant ici devant le bois de Sotteville, où la plate-forme engazonnée se marie harmonieusement avec les espaces verts voisins, comme voulant prolonger le bois.

Rouen 7 Le terminus du Technopôle de St-Étienne-du-Rouvray.
Août 1995, juillet 1998.